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Abstract
In Haiti’s indigenous Taino language, the word for the island was Bohio, or “home.” This essay explores biracial metaphorical haunting throughout the Haitian classic novel Amour by Marie-Vieux Chauvet, which follows its biracial protagonist, Claire Clamont, as she struggles to find belonging in a family, and, by extension, a society that refuses to accept her because of the discrepancy between her biracial-white cultural background and the darkness of her skin tone. Building off Freud’s “The Uncanny,” Doris Garraway’s ideas of cultural blame and cyclical violence in Saint-Domingue, and the ideas of Édouard Glissant about digenèse, the essay explores the significance of racial, cultural, and familial liminality
for les personnes métisses in Duvalier-era Haiti as well as the significance of sexual oppression of biracial women during that time. How is the idea of home affected by intersectionality? Exploring ideas of home, belonging, and isolation, the essay proposes that Haiti is comparable to a haunted house, with a glorious decolonial past with which it is still in the process of reconciliation.
INTRODUCTION
Dans cet essai, je me propose d’explorer le roman de Marie Vieux-Chauvet, Amour, à travers la thématique de la hantise postcoloniale. Le roman est la manifestation d’une hantise collective en Haïti à l’époque de François Duvalier. L’importance de l’analyse de la hantise dans Amour se trouve dans l’origine du nom même d’Haïti. D’après David Geggus, le nom “Haïti” a été démocratiquement conçu et fondé sur un sentiment d’espoir lors de l’indépendance en 1804. Il rejette le nom colonial “Saint-Domingue” et puise symboliquement dans la résistance des Taïnos à l’impérialisme européen, l’inspiration pour la révolution haïtienne. Dans la langue indigène Taïno, “Haïti” signifie “montagneux”, mais “Bohio”, l’autre nom taïno attribué à l’île, signifie maison, habitat. Par ailleurs, Max Beauvoir propose une origine africaine au mot “Ayiti Toma” qui en langue fon signifie “notre pays” et “parcelle de terre du pays.” Ainsi, l’origine complexe du mot suscite une sorte de hantise que l’on retrouve dans la situation haïtienne, puisque le monde entier a oublié Haïti et continue encore de le l’occulter. Par exemple, dans son documentaire Assistance Mortelle, Raoul Peck explique comment trois ans après le tremblement de terre catastrophique en Haïti, les débris n’avaient pas été enlevés de l’île, et comment les trahisons des pays riches ont créé une absence littérale de maison. Le peuple d’Haïti est hanté par son passé inoubliable et par le nom “Haïti” lui-même, ce choix démocratiquement conçu et fondé sur un sentiment d'espoir. J’émets l’hypothèse que le métissage hanté dans le roman Amour peut être vu comme le symbole de l’absence de maison, pour Claire. J’utiliserai donc les réflexions de Doris Garraway sur le caractère immoral du métissage, celles d’Édouard Glissant sur la digenèse dans la Caraïbe), et celles de Sigmund Freud sur l’inquiétante étrangeté pour explorer les notions de sexualité, race et métissage à travers la hantise dans Amour.
Garraway se concentre sur le discours officiel autour du métissage et son produit, l’enfant métis. Dans l’ère coloniale de Saint-Domingue, les rapports sexuels entre deux personnes de races différentes étaient considérés tabou et immoraux, par la population blanche. Même si, dans la plupart des cas, cette relation sexuelle entre l’homme esclavagiste et la femme esclavisée constituait un viol, les lois persécutaient souvent d'autres aspects du métissage, ne visaient pas à améliorer les conditions des esclavisés mais à éliminer la progéniture métisse. Dans un premier temps, la punition légale en Saint-Domingue et d’autres colonies françaises de la Caraïbe était placée sur l’esclavagiste avec l’idée que la mère esclavagisée n’avait aucun pouvoir de lui résister. L’enfant, sans faute lui aussi, pouvait être libre, et le père en était responsable financièrement. Cependant, les lois changèrent à Saint-Domingue lors de la création du Code Noir en 1685. Garraway écrit, “Whereas in the earliest instances the sexual act was considered a case of moral depravity and abuse of power on the part of the sexually deviant white male, a dissenting view displaced the responsibility onto the figure of the black woman, conceived as a sexual predator who accrues benefits from the pursuit of free lovers” (Garraway, 203). Toutes les lois tentaient d’éliminer la progéniture métisse, mais graduellement, les colons blancs commençaient à croire que le métissage était nécessaire à Saint-Domingue pour plusieurs raisons. D’abord, la classe sociale créée par les métis et autres affranchis constituaient une barrière culturelle entre la minorité des Blancs et la majorité des Noirs esclavisés, protégeant les Blancs. Ensuite, cette classe moyenne a donné une preuve légale et culturelle à la population blanche de l’insurmontable différence entre noir et blanc. Selon Garraway, “Free people of color in Saint-Domingue were forced through their social devaluation to signify to whites the fiction of the impermeable and essential boundary between masters and slaves, one that their bodies openly challenged, signifying instead sexual proximity and forbidden intimacies” (Garraway, 216). Finalement, la femme métisse était stereotypée en séductrice ultime et la rivale des femmes blanches pour l’attention des hommes blancs (Garraway, 217).
Par ailleurs, le problème du désir sexuel était considéré dans la pensée européenne catholique comme un péché, et avec cela, l’idée qu’une personne qui manifeste du désir pour une personne d’une autre race est, à son mieux, impropre, et à son pire, impossible. Dans la hantise littéraire, le métissage constitue une sorte de traumatisme qui provient des parents de races différentes, et des tabous sociaux qui entourent les personnes métisses.
À travers le terme “digenèse” qu’il propose dans Traité du Tout-Monde, Édouard Glissant observe que dans la Caraïbe se trouve, à cause de la traite esclavagiste, toute une population provenant du monde entier et dont les identités ne sont pas fondées sur une filiation unique et une généalogie linéaire; elles sont diverses et cela est une richesse. La digenèse est l’opposé de la genèse rattachée à la famille nucléaire et la culture unique. La digenèse se montre dans la façon dont les personnes esclavisées vivent une hantise généalogique sans famille nucléaire, et la façon dont le métissagse se constitue également de multiples identités.
Dans The Uncanny, Freud observe l’enchevêtrement sémantique des termes heimlich (le confortable, le familier, l’intime, cependant, le tabou qui ne doit pas être dans la maison, mais qui est caché là, en secret) et unheimlich (le contraire du heimlich et le secret qui resurgit de l’enfance d’une manière troublante). L’intimité sexuelle interdite, la dimension composite et “digénétique” (Glissant, 2018, 57) des origines, l’inquiétante étrangeté rattachés au métissage, sont donc des éléments significatifs pour explorer l’environnement social de Claire, son isolement et sa sexualité qui mènent à sa folie hantée, ainsi que les conséquences de ses actions finales.
1. L’ISOLEMENT DE CLAIRE
Dans Amour, l’isolement est présent à trois niveaux. La famille Clamont est isolée dans le village de Kenscoff puisque le règne de Calédu tente de renverser l’ordre social en éliminant les métisses de la classe supérieure. La famille est isolée dans sa conception limitée de la race; à cause de la couleur de sa peau, Claire est isolée dans sa famille à la fois socialement et spatialement puisqu’elle passe beaucoup de temps dans sa chambre. Claire raconte : “Je commençai dès mon jeune âge à souffrir à cause de la couleur foncée de ma peau, cette couleur acajou héritée d’une lointaine aïeule et qui détonnait dans le cercle étroit des Blancs et des mulâtres-blancs que mes parents fréquentaient” (Vieux-Chauvet, 2). Elle observe aussi qu’à l’âge de 13 ans : “Je me mis à haïr l’aïeule dont le sang noir s’était sournoisement glissé dans mes veines après tant de générations” (Vieux-Chauvet, 140). Les Clamont possèdent une vision étroite du monde et du métissage, et ils rejettent Claire puisqu’elle ne rentre pas dans la propre catégorie acceptable de la blanche-métisse. Ces préjugés se trouvent également dans la communauté à laquelle ils ont choisi d’appartenir.
Établissant une distinction entre les sociétés homogènes et les sociétés diverses, Glissant souligne : “La Genèse des sociétés créoles des Amériques se fond à une autre obscurité [que celle des cultures ataviques], celle du ventre du bateau négrier. C’est ce que j’appelle une digenèse” (36). Glissant propose d’accepter le métissage quel que soit sa forme et pour lui, la digenèse permet d’accueillir la diversité des identités multiples. Mais au lieu de cela, les Clamonts souhaitent être aussi blancs que possible. Ceci est montré par la déception et la honte des parents de Claire à cause de la couleur de sa peau, et aussi par l'intérêt que les trois sœurs portent au Français, Jean Luze, qui représente, pour eux, un modèle d'existence. Ceci complexifie le discours autour de la race dans la famille Clamont et sa relation à Claire. Le problème vient du fait que la couleur de peau de Claire ne rentre pas dans la catégorie dans laquelle ses parents l’ont inscrite bien avant qu’elle soit née. La manière dont Claire raconte ses sentiments peut nous donner un autre indice ainsi que la façon dont elle se perçoit: d’après lui, le sang noir de sa grand-mère est “sournois” (Vieux-Chauvet, 140). Glissant remarque : “Acclimatez l’idée de digenèse, habituez-vous à son exemple, vous quitterez l’impénétrable exigence de l’unicité excluante” (36). D'après Glissant, les personnes de la Caraïbe doivent s’accepter entièrement--mais les Clamont ne se sont pas acclimatés, ils se sont inscrits dans “l’unicité excluante.” À cause d’eux, Claire rejette ses origines noires. Elle n’aurait accepté le métissage que si elle avait été plus claire de peau. Au lieu de se rendre compte que les problèmes qu’elle rencontre sont uniquement à cause des préjugés extérieurs, Claire passe la plupart de sa vie à rendre sa grand-mère coupable pour tout ce qui lui arrive dans le présent. Voici une dimension analytique freudienne, même si Claire n’a jamais connu sa grand-mère, ce phénomène de réapparition est présent à travers plusieurs générations au lieu d’une vie seulement. De cette manière, Claire est la victime des préjugés de ses parents et leurs tentatives “d’améliorer la race”.
L’isolement se montre surtout à travers la chambre de Claire. C’est là que Claire vit ses désirs impossibles. La chambre est un refuge pour elle, puisqu’elle peut verrouiller sa porte et s’assurer de sa sécurité, mais cela éloigne Jean Luze et les autres possibilités familiales. Sa chambre, avec les cartes postales pornographiques et la poupée, augmente finalement l’isolement. La poupée est fausse et les cartes postales ne se font pas passer pour la réalité. Même dans la seconde partie du roman, quand Claire est la marraine du fils de Félicia et Jean Luze, et qu’elle le laisse entrer quotidiennement imaginant qu’il est son mari, ceci est une fabrication. Lorsque Félicia est guérie, Claire se sent plus malheureuse que jamais. Le seul à pouvoir entrer dans la chambre de Claire est Jean Luze, l’homme qu’elle aime en secret. Il représente l’élément blanc qui rentre dans son sanctuaire. C’est à lui seulement qu’elle donne l’autorisation. Pour cette raison, la chambre de Claire est une maison à l’intérieur de l’autre maison, un espace clos où elle seule habite. En outre, les événements du roman se déroulent presque tous à l’intérieur de la maison dans la vie des Clamont, augmentant l’isolement de Claire qui est une étrangère dans cette maison.
L'espace liminal existe aussi dans les lois et la structure sociale qui changent toujours à l’époque coloniale ainsi que dans la période où Claire vit, ce qui, en combinaison avec la digenèse, efface le passé et le futur de la personne métisse, rendue prisonnière du temps et de la société excluante. Ceci est comparable à l’idée, dans la hantise traditionnelle, de la femme sans pouvoir qui devient elle-même un fantôme dans sa propre maison. Dans la première phrase du roman, Claire raconte, “J'assiste au drame, scène après scène, effacée comme une ombre” (Vieux-Chauvet, 1), illustrant la façon dont Claire est fantomatique dans sa propre maison.
2. LA SEXUALITÉ ET LA FOLIE HANTÉE DE CLAIRE
La sexualité de Claire est toujours présente dans son quotidien, même si personne ne le sait. À cause des récits coloniaux autour de la sexualité des femmes métisses, l’identité de Claire, même plus d'une centaine d’années après, est embrouillée. Elle est très consciente de ses désirs sexuels mais elle ne peut pas s’exprimer. De plus, son existence est fondée sur des contradictions. Elle a la peau noire, mais son nom est “Claire.” Elle vient d’une famille blanche-métisse, mais elle est plus noire qu’eux. Elle constitue une figure maternelle pour ses sœurs, mais elle n’a jamais eu de relations sexuelles. Elle est désireuse, mais elle est vue par le Père Paul et par d’autres dans sa communauté comme un modèle de la pureté. Claire dit, du Père Paul, “Croit-il vraiment à la pureté ? J’appelle pureté l’ignorance totale des tourments de la chair ou la victoire de la volonté sur eux. Si cette victoire peut, d’après la religion, sauver l’âme, comment les manifestations sexuelles chez une femme qui a vécu dans la continence perpétuelle peuvent-elles s’expliquer?” (Vieux-Chauvet, 174). Son père, déçu qu’elle soit une fille, décide de l’élever “comme un garçon” (Vieux-Chauvet, 122). Cependant, la société ne la voit pas de cette manière: elle n’a pas d’influence. Quand elle a 13 ans, son père dit aux paysans, “Dieu m’a refusé un fils, mais ma fille aînée se chargera de veiller à la bonne marche de mes affaires. Telle est ma volonté.” (123) Les paysans ne la prennent pas aux sérieux parce qu'elle est une “jeune fille, inoffensive et incapable” (123); ils lui adressent “des regards amusés et narquois” (Vieux-Chauvet, 123). Claire se sent erronée dans sa propre peau.
La folie hantée de Claire est créée à travers ces contradictions. Elle désire souvent la satisfaction sexuelle, rendue presque folle par ce désir qui est impossible, puisqu’elle est hantée par les croyances de ses parents et la honte sociétale autour de la sexualité féminine. C'est une “vielle fille” (Vieux-Chauvet, 1), trop âgée pour être désirée.
Plus tard, Claire entre dans sa chambre et verrouille la porte à clef pour que personne ne puisse entrer. Elle se déshabille et regarde son reflet dans le miroir, se sentant laide. Dans sa nudité elle voit entièrement tous les détails de son corps, son être fondamentale. Elle voit aussi deux parties : sa double identité par rapport à sa peau foncée, ce que les gens autour d’elle détestent, et ce qu’elle souhaite aimer. Cette contradiction est fondamentale dans le roman et déclenche tous ses conflits intérieurs. Le miroir lui renvoie les détails de ces conflits intérieurs exposés par la nudité. Que souhaite Claire? Vieux-Chauvet ne nous dit pas explicitement qu’elle veut s’aimer.
Cette nudité est importante telle qu’elle évoque la naissance de Claire et les premiers moments de sa vie, là où ses parents se sont rendu compte que sa peau était foncée, ce qu’ils n’avaient pas anticipé et qu’ils n’accepteront jamais. Selon Freud l'inquiétante étrangeté des miroirs est un aspect significatif quand les personnages sont confrontés à eux-mêmes et se rendent compte de leurs défauts uniques à travers leurs réflexions physiques ou métaphoriques. “Le sang noir” revient perturber la vie de Claire, adulte, dans la forme d’une sexualité déréglée puisque les gens ne la considèrent pas désirable.
3. L’OMBRE PÉRPETUELLE DE CLAIRE
Le suicide, qui figure souvent dans les récits de maisons hantées, mène à l’extrême l’idée qu’une personne métisse n’a pas de futur à cause des préjugés de la société puisque la liminalité raciale est impossible. Bien que la mort, que ce soit par suicide ou par meurtre, transforme le personnage vivant en fantôme, le suicide en particulier représente la décision de rejeter et terminer la liminalité par la mort. À la fin d’Amour, la décision de Claire de tuer quelqu’un d’autre au lieu de se suicider est une manière d’accepter sa propre liminalité. En revanche, le choix de ne pas tuer Félicia mais tuer Calédu est une façon complexe de détruire symboliquement le dictateur qui extermine la population métisse. D’un côté, Claire accepte sa liminalité, mais d’un autre, en rejetant la figure noire que représente Calédu, elle accepte l'objectif de sa famille de devenir plus blanche, même si elle n’a pas de futur probable avec Jean Luze.
D’après Freud, les miroirs, les ombres, les poupées, et toutes autres figures doublées mènent à un sentiment d’inquiétude à cause de leur association avec la mort, évoquent l’inconnu, et nous rappellent le temps où nous étions enfants, et où le monde nous paraissait mystérieux et effrayant. L’idée du doublement vient de l’âme, le double du corps, et, quand on croit que l’âme nous assure la vie éternelle, l’âme est aussi la figure qui nous garantit la mort. Il y a un parallèle ici entre le passé de l’individu et le passé sociétal. Même si les gens se disent que l’on ne peut pas conquérir la mort, et que les personnes défuntes ne peuvent jamais revenir en vie, il en reste un doute, une hantise collective sur le retour des morts sous forme de fantômes où autres manifestations surnaturelles (Freud, 9).
Un auteur qui se donne pour objectif de représenter la hantise utilise souvent ces éléments pour ajouter à l'atmosphère et l’esthétique de la hantise. Lorsque Claire déclare qu’elle “assiste au drame, scène après scène, effacée comme une ombre", à la fin, elle n’assiste plus, elle participe, et elle est la personne qui tue enfin Calédu pour résoudre le conflit extérieur le plus important du roman. De cette manière, Claire devient une personne très importante dans la vie de tous les autres habitants du village. Mais est-ce que ses actions ont vraiment autant de sens? En tenant compte des événements qui pourraient se passer après l'assassinat de Calédu dans la vraie histoire haïtienne, ce n’est pas une fin aussi simple. Duvalier était surnommé “Papa Doc” et son fils, le tyran qui lui succède, “Bébé Doc.” Vieux-Chauvet a publié Amour trois ans avant la mort de François Duvalier. Elle a placé Claire non pas à la fin d'un cycle de mort, mais au plein milieu. Ce cycle d'assassinat et de dictature renforce l’idée que Claire–même si elle essaie–ne sortira jamais de l’ombre de son passé. Garraway décrit Claire comme “metteur-en-scène” (2013, 209), mais à mon avis, Claire ne réussit pas, puisque tout de ce qu’elle souhaite reste à l’état d’une projection. En effet, elle essaie en vain de nuire à ses sœurs, elle délivre le peuple dans l’espace publique (dans l’immédiat), mais elle ne se délivre pas elle-même. Cependant, nous ne savons pas ce qui se passe après les événements du roman. Est-ce qu’elle est emprisonnée par la police? Est-ce que sa famille la défend du meurtre? Cette ambiguïté qui est fondamentale dans le roman, et chez Claire, perpétue l’idée coloniale que les personnes métisses ne peuvent pas avoir un futur normal comme les non-métis; elles existent comme des ombres, toujours dans l’espace liminal entre Noirs et Blancs, sans maison. Même si Claire souhaite changer ce qui l’emprisonne, elle n’y parvient pas parce qu’elle est victime d’un système qui est enraciné dans l’idée d’une exclusivité raciale, un système qui se retranche et se referme sur "l’unicité excluante” (Glissant, 36).
CONCLUSION
Dans un contexte littéraire anglais (par exemple, Jane Eyre de Charlotte Brontë et The Haunting of Hill House de Shirley Jackson), la hantise se concentre d’abord sur la conscience de soi et l’apprentissage d’un traumatisme qui est parfois insurmontable à cause de la société patriarcale. En revanche, dans la hantise métisse, au lieu d’admettre qu’elle est destinée à une vie d'insurmontable limitation psychologique, la protagoniste découvre qu’en dépit des préjugés de la société, elle est incontestablement normale et profondément humaine. Même si Claire ne s'accepte pas entièrement, elle se rend compte que ses parents et la société, avaient tort.
La famille Clamont est aussi hantée que Claire. Pour eux, elle a toujours représenté une ombre. En tant que lecteur, nous ressentons à la fin un sentiment d’ambiguïté, des doutes, des questions: Où est Claire maintenant? Est-ce qu’elle a trouvé sa propre maison? Une chose est certaine: la hantise continue.
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